Axelle Pillain
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Qualif hors-course : 1000 milles solo

Qualif hors-course : 1000 milles solo

Hello hello!

Le temps est passé bien vite depuis ma dernière navigation! La première chose que j’ai faite en mettant pied à terre? Dormir! Il faut dire que j’étais un petit peu fatiguée après 9 jours de mer. Et ce n’étaient pas neuf jours de tout repos. Au départ de Brest, je mis le cap sur l’Angleterre : clignotant à droite en passant Saint Mathieu où m’attendait mon premier fan club : mes parents! Je ne sais pas s’ils ont vu que je leur faisais des grands signes de la main. Nous allions bon train Little My et moi même : on visait l’Irlande! On a continué tout droit avant de rentrer dans la nuit la plus noire que je n’avais jamais eu. Noir. Noir charbon. Noir comme les abysses. Noir cosmique. Pas d’étoile. Pas de lune. Des vagues, de l’écume, du vent! En pleine figure! Jusqu’à en réduire la grand voile et aller se faire rincer à l’avant pour réduire aussi la petite voile devant. Voilà mon foc réduit. Une petite trinquette. Il ne me restait plus qu’à me blottir à l’intérieur : dormir! Le bateau gitait, et tapait dans les vagues. J’essayais seulement de me faire le moins de bleus possible. Une première nuit éprouvante : le début de l’aventure. Vers 10h le lendemain : cap Lizard. Après l’Angleterre, j’ai filé en Irlande. Hop, on enroule Conninbeg et on redescend aussitôt! La traversée de la mer d’Irlande fût très rapide.

Celle de Cap Lizard, au retour, un peu moins, et surtout plus compliquée. Comme à chaque fois que je passais cet endroit, le courant était contre moi et le vent disparut à mon arrivée. Seulement là, ce ne fut pas pour très longtemps une heure ou deux avant de remonter à plus de 18 nœuds, par le travers. Alors certes ça allait plus vite, mais Éole ne s’arrêta pas là, 22 nœuds, rafales à 30. Nous étions tout près de Longships, la houle était énorme. Je retournai à l’avant prendre mon ris dans le génois. Crotte de bique, dans cette manœuvre, la houle nous avait poussés vers les falaises. Un peu de stress, mais on repartit tranquillement. Voilà, on était bien équilibré, et même Éole se calmait. Wolf Rock est maintenant derrière nous. On relâche le ris devant. Je barre, je me fais plaisir à glisser entre les vagues. Quand tout d’un coup, je vois que Little My ne répond plus du tout à la barre! Un coup d’oeil en arrière, la barre a franchement une position bizarre par rapport aux safrans qui eux, ne sont plus parallèles… C’est pas possible… Non, pas maintenant… voilà la côte anglaise qui s’éloigne et ma barre qui se fait la malle! Elle complètement sortie de son axe… Je la renfonce mais impossible de barrer : elle se … barre (pouin pouin pouin). Heureusement le pilote fonctionne encore. Peut être assez longtemps pour trouver une solution? Il semble qu’il n’y aura plus de vent cette nuit. Je tenterai la réparation à ce moment là.

Je me repose un petit peu, je mange un petit peu. Je jette un coup d’œil autour de moi, une queue leuleue de cargo sur l’horizon. Toujours 15-17 noeuds de vent. Ça monte un petit peu. Le pilote décroche aussi un petit peu parfois : il faut renfoncer la barre en conséquence. Arrêter l’alarme du pilote. Bref, la routine… Le vent est vraiment instable. Je ne sais pas trop si je dois relâcher mes ris. Des grosses rafales de temps en temps m’en dissuadent. Puis je vois l’anémo qui monte, qui monte : 25, 28, 30, 34, 38. J’arrête de regarder : le bateau est à l’horizontal. Énorme vrac. L’écoute de GV est choquée, le hale-bas aussi. Il ne se redresse pas. Il y a quand même un cargo pas loin. Je cherche une solution. Choquer devant. Choquer la drisse. C’est bon, on se redresse. Hop c’est reparti. Non mais ça sortait d’où cette rafale?? Et pourquoi juste quand on doit croiser un cargo de 200 mètres de long?

Le problème c’est que maintenant, enfin je crois que cela soit depuis ce moment-là, le pilote n’est vraiment plus relié à la barre… Et je ne peux plus barrer… Heureusement la France n’est qu’à 24h de navigation. Attends, 24h? En vrai, je ne sais pas comment on fait pour tenir 24h accroché à sa barre sans manger, sans dormir, sans faire pipi,… et puis surtout : j’ai pas envie d’être allée encore une fois en Irlande pour rien! Je m’accroche à la pensée que normalement le vent doit tomber, que je pourrai réparer et me reposer à ce moment là. Une main pour tenir la barre enfoncée, une main pour barrer : c’est parti. Heureusement que mon bateau est tout petit, j’ai le mini-bar (sacoche à bout dans le cockpit que j’avais remplie de compotes et de crêpes la veille du départ) à portée de main et je n’y ai pas encore touché. Que soit loué mon esprit d’écureuil! Bon, il est 17h, pourquoi il y a encore du vent? 10 nœuds, mais c’est beaucoup trop! Aller, à 6 nœuds on s’arrête. En fait, c’est aussi long d’attendre que le vent descende que d’attendre que le vent revienne quand il n’y en a pas. J’espère que ça doit bien baisser. Si! C’est bon, une anti-rafale à 4 nœuds! Oui! le vent s’en va! Non! On est encore en plein dans le rail! Aller, on s’éloigne un petit peu et on s’a-rrê-te. Le soleil se couche. On n’en profite pas : dévisser. Nettoyer. Revisser. Échec n°1. Dévisser. Nettoyer. Coller les vis. Échec n°2. Il fait nuit. Dévisser. Nettoyer. Trouver d’autres vis : deux de rechange et deux autres provenant de la porte du bateau. Découper à la bonne longueur. Visser dans l’enduit époxy. Appuyer. Attendre. Échec n°3. Bon ben là je suis un peu désespérée. Et je me prends l’écoute en plein figure à chaque fois. Il va peut-être falloir abandonner? Et comment je ferais si j’étais au milieu de l’Atlantique? Même en abandonnant je ne serais pas sortie d’affaire… et puis j’ai pas envie d’abandonner! Petit goûter et je saucissonne tout avec une magnifique strate kevlar époxy. Je resterai tenir la barre aussi longtemps qu’il le faut pour que ça prenne. Oui, ça marche! C’est reparti. Enfin doucement, juste assez de vent pour avancer tranquillement, pour que le pilote travaille sereinement, que la réparation se solidifie et que je dorme.

Terre en vue! Nous sommes de retour aux portes de Ouessant! Avec un système de barre tout neuf, et un petit poil de vent qui nous pousse avec le courant le long du chenal du four. Cette journée est bien douce : il ne me reste plus qu’à aller à l’île de Ré avant de revenir ici. Une journée de repos. Mais il faudrait peut-être qu’on avance un petit peu aussi non? Le vent a un peu de difficultés à revenir. Pire, il disparait totalement! Ça fait des beaux coucher de soleil, des beaux reflets dans l’eau, un beau ciel. Mais le bruit dans les voiles, la girouette qui perd le nord et la bôme qui claque? Je suis à la dérive dans la baie d’Audierne. A l’affût d’un souffle d’air qui me sortirait de cette veine de courant avant qu’il ne s’inverse. Et puis aussi, j’aimerais quitter cette zone avant qu’un coup de vent ne la balaye…

Rochebonne? J’avais peur qu’il y ait de la houle. J’en garde une image idyllique : un miroir qui reflétait les phares et les étoiles. Une descente sous génak avant d’envoyer le spi et de foncer vers l’île de Ré. A l’île de Ré, de nouveau un tampon. Mais on y croise un autre mini. Ça fait du bien d’échanger en vrai, par VHF, après 7 jours à parler toute seule ou à mon bateau ou par sms. Mais nos routes se séparent: après le pont je fais route directe sur Audierne tandis que mon collègue s’arrête aux Sables.

Encore pas de vent. Il n’a pas compris cet anticyclone des Açores que ce n’était plus l’été? Qu’il était temps qu’il aille un peu au Sud? Et comme ça je pourrais passer? Un coup d’œil sur la météo. En guise de leçon : ne jamais critiquer le temps qu’il fait : il y a 35 nœuds de prévus pour dans 2 jours. Où serai-je dans 2 jours? Oh la la, je commence à angoisser. Il faut absolument que je sois rentrée avant! Mais je ne peux pas non plus trop tirer sur le bateau maintenant : ma barre, ce n’est quand même pas très solide! Aller Little My, tient bon! on y est presque!

Et puis voilà qu’arrive Penmach’, le raz de Sein, le Toulinguet, le goulet de Brest, le port, mon appartement. Mince, je suis en cirés, en bottes, avec mon gilet de sauvetage en train de faire mon digicode. On est arrivé juste avant le coup de vent.

Une réponse

  1. pillain dit :

    merci beaucoup !!!!! Axelle
    gros bisous etoilés
    Sophie

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