Axelle Pillain
axelle.faitdumini *@*outlook*.*com

Brest même!

Brest même!

J’aurais jamais dû parler d’Alaska au tout début de cette aventure! Voilà qu’il s’est mis à neiger à Brest! Et deux jours de suite! Et comme par hasard alors que je naviguait toutes voiles dehors avec Little My.

Reprenons depuis le début. Little My était à Lorient. Et moi je suis à Brest. Les relations à distance c’est souvent compliqué! Du coup, je me suis simplement dit que Little My pouvait venir habiter à Brest. N’en faisant ni une ni deux, on a quitté Lorient sous un petit crachin, avec, par prudence, un ris dans la grand voile. Mais voilà, le vent est tombé, on a eu beau enlever ce ris, mettre le spi, on se balançait tous les deux au rythme de la houle chaotique. On repart, la mer est un peu calmée. On passe les Glénans, on est bien sous spi! Une dizaine de noeuds un petit vent établi, un petit peu de soleil. Brest, on y sera bientôt, non? Il ne reste plus que Penmarc’h et le raz de Sein, il est 6 h du matin, le courant est avec nous. Je suis très optimiste. La vie est belle (sauf que j’ai oublié ma brosse à dent!). La VHF n’arrête pas de répéter son avis de vent frais en bulletin météo spécial (BMS). La Hague, c’est loin non? et vers 18h, c’est encore dans 12h, je serais à Brest à cette heure-ci vu le rythme auxquel nous avançons.

Le vent tombe. On avance encore doucement. On passe Penmarc’h. Le vent tourne. On teste le gennaker. Crotte il ne s’enroule pas très facilement! Mais tout va bien, il est 11h nous sommes à 10 milles du raz de Sein. Je me souviens que ça peut être très agité là-bas, comme si on était en plein milieu d’une marmite d’eaux bouillante avec quelqu’un qui souffle dessus. Il n’y a pas trop de vent, la mer s’est calmée depuis hier. Il ne devrait pas y avoir de problème, d’autant plus que le courant est avec nous pour encore quelques heures. Crotte encore, il n’y a vraiment plus de vent. Pourquoi le BMS est diffusé toutes les demi-heures, j’ai compris! Et moi je n’ai pas de vent du tout! Little My a plus d’un tour dans son sac, ou plutôt quelques tours par minutes à disposition : un moteur! (dont j’ai fait le plein, je suis quand même prévoyante parfois :p )
Hop, c’est reparti, 4 nœuds en surface! Youhou!

Le raz de Sein se rapproche. Il est là! C’est un peu agité. Le vent remonte doucement, on peut éteindre le moteur qui n’aimait pas trop le clapot. Ça monte vite quand même. Un petit ris. 15 nœuds à l’anémomètre. Hum, on gite pas mal dans les rafales. Aller hop un deuxième ris. Il n’y a plus de vent. Si, ça revient! Mais bâbord amure. Bon, il n’y a plus rien. Une petite rafale. Et ça tournicote, et je tournicote et j’enlève un ris et je reprends un ris. Et je vire. Heureusement qu’on voit la côte, j’en perdrais le nord! Il n’y a vraiment plus de vent là. C’est frustrant, on voit bien une ligne sombre à l’horizon. Et moi, je suis coincé au sud du Cap de la chèvre (jamais compris pourquoi il s’appelait comme ça, même en plissant les yeux, et en fermant l’œil gauche je n’ai toujours pas trouvé la chèvre!) sans vent. Ça clapote. On repart, un peu trop vite. Encore un faux départ. C’est comme ça le pot au noir? C’est vraiment bizarre, je crois qu’en fait c’est le nouveau vent qui s’établit, ce fameux vent de Nord Est annoncé par la VHF. J’ai hâte de toucher la ligne de vent à l’horizon et en même temps un peu d’appréhension. J’espère que ce ne sera pas trop fort! Je n’ai pas de solent. Et j’ai jamais pris de riz dans un génois.

Ça y est, on est dans la zone sombre, le vent monte rapidement. Je dirais même plus le vent monte très très rapidement! Deux ris. On avance à la verticale, c’est pas très hydrodynamique ça, non? Je vais prendre un ris dans le génois. Ça monte encore. 25 nœuds. Je plaisantais tout à l’heure, quand je disais que je voulais bien essayer le tourmentin! On se couche un peu trop dans les rafales, Little My est assez dur à la barre. Tant pis, je met un petit mouchoir orange fluo devant. Little My reprend sa route, tranquillement finalement. Il remonte bien au près et reste très manœuvrable. Il y a bien la mer agitée mais c’est tout. Les vagues qui explosent près de la Parquette. On va peut être pas se rapprocher des Tas de Pois. On est au près, il est 18 h, le vent est établit à 30 nœuds, il y a plus de 90 de coefficient de marée, j’ai pas trop envie de faire le goulet de Brest à contre courant dans ces conditions. Un petit pit-stop à Camaret pour se sécher et dormir. Encore une belle péripétie! Je ne recommanderai jamais les arrivées de port de nuit dans la brise, c’est un peu casse gueule. Et surtout je retiendrai de ne jamais faire confiance au moteur!

Le meilleur petit déjeuner du monde! Après une nuit sur un spi et un dîner fait d’une vingtaine de chips, c’était vraiment royal d’aller dans un hôtel prendre le petit déjeuner. Mais voilà, on n’est pas encore à Brest! Inspection du bateau, la surgaine d’une bastaque est complètement morte. Je ne sais pas comment ça a tenu hier! Une petite réparation provisoire et c’est reparti. Une étrange mélancolie me saisit quand je réalise que je vais franchir le goulet de Brest avec Little My. Il se dresse là, juste devant nous. Ses deux pointes bien visibles, gardiennes de la rade de Brest. On se soumet à leur regard, la mer est plate, le vent est fort. Il pleut. Il fait froid. Il neige en fait! C’est féérique finalement. Pas le temps de faire de la poésie, Little My a senti son nouveau cocon et il y fonce!

Vers le Raz de Sein
« 1 de 3 »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *